Tapisserie et structures tissées
 

TAPISSERIE ET STRUCTURES TISSEES
Les premiers fragments de dessins tissés datent d'environ 1500 avant notre ère et proviennent de la tombe du roi Toutmès IV en Egypte.
Tissus coptes, broderies de la "Reine Mathilde", tentures de " l'Apocalypse d'Angers " mille fleurs de " La Dame à la Licorne ", glorifications du " Roi Soleil "" et plus proches, " Le Chant du Monde " de Lurçat et les abstractions textiles des artistes contemporains, toutes les créations de cet art millénaire surprennent et enchantent.
Mais l'art de la fibre remonte à l'orée de la civilisation. Avec la main comme seul outil, croisés et tressées, des brins divers, filaments et brindilles, plumes et crins, sont assemblées en éléments homogènes.
Puis sur des branchages enchevêtrés sont disposés des treillis de feuillages, pailles, écorces et pelages noués ensemble pour faire un abri, une tente, un enclos.
Par ce geste primordial du nouage de nature sociale, psychologique et culturelle, nœud végétal mais aussi cosmique en relation avec les divinités célestes, symbole ambivalent de l'enchevêtrement des réalités invisibles, l'homme s'approprie l'espace et s'y installe.
Ensuite, il fabrique des parures, des accoutrements, des talismans à porter sur soi ou à déposer au sol, marques d'un territoire ; traces d'un passage, signes magiques de vie et de beauté.
Avec la réflexion, vient l'apprentissage d'une technique, adaptée à la production d'une étoffe épaisse, pour protéger des intempéries et améliorer les conditions d'existence.
Façonnés sur un support rigide, par l'entrecroisement rigoureux de fils de chaîne et de trame, les tissages des vêtements, tentures et tapis sont produits depuis la haute Antiquité.
Les métiers à tisser évoluent. Verticaux ou horizontaux, fixes ou mobiles selon leur fonction et leur époque, ils confectionnent une texture souple et dense, de surface plane et opaque, pour réchauffer et embellir le cadre de vie.
Reflet des modes et des époques, décoration d'un espace architectural, la Tapisserie devient " le mur du nomade ".
Selon l'usage, j'emploie d'abord les matières traditionnelles : cotons, sisals, laines et soies, réparties et tissées selon un " carton " préalable, où les couleurs sont assemblées en suivant un dessin précis.
Mais très vite, la nécessité d'une libre improvisation et le besoin d'une autre approche motivent l'emploi de matériaux modernes : caoutchouc, textures d'emballages et plastiques.
Le tissage des tubes transparents de PVC ouvre de nouvelles perspectives. Cette tubulure très souple mais aussi très complexe se prête à toutes les possibilités. De manipulation rapide, imperméable, imputrescible, elle peut servir de portes et de claustras, à l'intérieur comme à l'extérieur, de cloisons translucides, passages entre deux mondes, qui apportent à l'art textile une dimension supplémentaire, flexible et tactile.
Par désir de transparence et d'ouverture, cette tapisserie se désolidarise du mur-support, s'accroche dans le vide, devient tridimensionnelle, mobile et transformable en dyptiques et tryptiques de grandes dimensions, en totems et signaux, et enfin en structures tissées polychromes et sculptures.
La lumière et la couleur donnent vie à la forme, pour un au-delà de la tapisserie ; La rencontre de l'imaginaire, du métier et de la sensibilité engendrent un labyrinthe de volumes, à parcourir dans une mise en scène ludique, pour une œuvre en devenir.
Au fil du temps.
Françoise GALLE
Paris le 28 Décembre 2005